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Déshydratation : quels effets sur le cœur ?

Quand le manque d’eau oblige le cœur à travailler davantage

Fatigue, bouche sèche, maux de tête… Les premiers signes de déshydratation sont assez bien connus. 

Ses répercussions sur le système cardiovasculaire le sont beaucoup moins. Pourtant, lorsque l’organisme manque d’eau, le volume de sang circulant diminue, la régulation de la température devient plus difficile et le cœur doit fournir un effort supplémentaire pour continuer à irriguer correctement les organes.

Une déshydratation légère et ponctuelle ne provoque pas nécessairement de problème cardiaque chez une personne en bonne santé. En revanche, une perte hydrique importante peut entraîner une accélération du rythme cardiaque, une baisse de la pression artérielle ou des palpitations. 

Les personnes âgées, les sportifs et les patients atteints d’une maladie cardiovasculaire doivent se montrer particulièrement attentifs, notamment pendant les fortes chaleurs.

Pourquoi l’eau est-elle indispensable à la circulation sanguine ?

L’eau constitue environ 50 à 60% du poids d’un adulte, avec des variations selon l’âge, le sexe et la composition corporelle. Elle participe au transport de l’oxygène et des nutriments, à l’élimination des déchets, au fonctionnement des cellules et à la régulation de la température interne.

Contrairement à certaines réserves énergétiques, l’eau ne peut pas être stockée durablement par l’organisme. Elle est continuellement éliminée par les urines, la respiration, la transpiration et les selles. Ces pertes doivent donc être compensées par les boissons et les aliments.

Le sang lui-même est en grande partie composé d’eau. Lorsque les pertes hydriques deviennent supérieures aux apports, son volume liquide, appelé volume plasmatique, commence à diminuer. 

Le cœur reçoit alors un peu moins de sang entre deux contractions. La quantité qu’il peut éjecter à chaque battement baisse également.

Pour maintenir un débit sanguin suffisant, l’organisme met en place plusieurs mécanismes de compensation. Les vaisseaux sanguins se resserrent et la fréquence cardiaque augmente. 

Le cœur bat plus vite pour continuer à acheminer l’oxygène vers le cerveau, les reins, les muscles et les autres organes.

Comment la déshydratation augmente-t-elle le travail du cœur ?

Chaque battement du cœur propulse une certaine quantité de sang dans la circulation. Lorsque le volume sanguin diminue, le volume d’éjection systolique, c’est-à-dire la quantité de sang envoyée à chaque contraction, peut baisser.

Le cœur compense en accélérant son rythme. Cette adaptation est généralement efficace lorsque le manque d’eau reste modéré. Elle explique néanmoins pourquoi une personne déshydratée peut ressentir son cœur battre plus rapidement, notamment lorsqu’elle se lève, marche ou réalise un effort.

Ce phénomène est particulièrement documenté pendant les exercices prolongés. Des travaux consacrés à la "dérive cardiovasculaire" montrent qu’au fil de l’effort, la baisse du volume d’éjection s’accompagne d’une augmentation progressive de la fréquence cardiaque. 

La déshydratation et l’élévation de la température corporelle contribuent toutes deux à ce phénomène.

Si les pertes se poursuivent, les mécanismes de compensation deviennent insuffisants. La pression artérielle peut diminuer et l’irrigation des organes se dégrader. 

Une déshydratation sévère peut aller jusqu’au choc hypovolémique, une urgence au cours de laquelle la réduction du volume sanguin empêche le cœur d’assurer une circulation efficace.

Pourquoi la chaleur accentue-t-elle cette contrainte cardiovasculaire ?

Jeune femme avec sac à dos et bandana rouge dans les cheveux souffrantt de la chaleur adossée à un arbre

Par temps chaud, le système cardiovasculaire doit répondre à deux exigences en même temps : maintenir l’irrigation des organes et évacuer la chaleur accumulée.

Pour refroidir le corps, les vaisseaux proches de la peau se dilatent. Une plus grande quantité de sang est dirigée vers la surface cutanée, où la chaleur peut être dissipée. 

Dans le même temps, la transpiration augmente. Son évaporation refroidit la peau, mais provoque une perte supplémentaire d’eau et de sels minéraux.

Si ces pertes ne sont pas compensées, le volume sanguin diminue alors que les besoins circulatoires restent élevés. Le cœur doit donc battre plus rapidement pour préserver à la fois la pression artérielle et la thermorégulation.

L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que la chaleur peut aggraver les maladies cardiovasculaires préexistantes. 

Le risque dépend néanmoins de plusieurs facteurs : intensité et durée de l’exposition, activité physique, humidité, âge, état de santé et traitements suivis. Il ne faut donc pas attribuer à la seule déshydratation l’ensemble des accidents cardiovasculaires observés pendant les canicules.

Déshydratation et palpitations : quel est le lien ?

Les palpitations cardiaques correspondent à la perception inhabituelle des battements du cœur. Celui-ci peut sembler battre plus vite, plus fort ou de manière irrégulière.

En cas de déshydratation, ces sensations peuvent d’abord être liées à l’accélération normale du rythme cardiaque destinée à compenser la réduction du volume sanguin. Elles peuvent aussi être favorisées par une perturbation de l’équilibre des électrolytes, notamment le sodium, le potassium et le magnésium.

Ces minéraux participent à la transmission des signaux électriques qui commandent les contractions cardiaques. 

Des pertes importantes, par exemple lors d’une transpiration abondante, de vomissements ou de diarrhées, peuvent perturber cet équilibre. Les anomalies électrolytiques sévères sont susceptibles de favoriser des troubles du rythme cardiaque, surtout chez les personnes déjà fragiles.

Une palpitation passagère n’indique pas systématiquement une arythmie. Si elle se répète, dure plusieurs minutes ou s’accompagne d’une douleur thoracique, d’un essoufflement, d’un malaise ou d’une perte de connaissance, un avis médical rapide est indispensable.

Quels signes doivent faire penser à un manque d’eau ?

La soif constitue un signal utile, mais elle peut être moins perceptible chez les personnes âgées. D’autres manifestations doivent donc attirer l’attention :

  • Une bouche et des lèvres sèches.
  • Des urines moins fréquentes et plus foncées.
  • Une fatigue inhabituelle ou des maux de tête.
  • Des étourdissements, en particulier au passage à la position debout.
  • Une baisse de la concentration ou une confusion.
  • Une accélération du pouls.
  • Des crampes musculaires après une forte transpiration.

La couleur des urines offre un repère pratique, sans être un outil diagnostique absolu. Des urines jaune pâle correspondent généralement à une hydratation correcte. 

Une teinte plus foncée peut traduire une concentration accrue, mais elle peut aussi être modifiée par certains aliments, compléments ou médicaments.

Qui doit être particulièrement vigilant ?

Le risque de déshydratation augmente chez les nourrissons, les personnes âgées, les sportifs et les personnes travaillant à l’extérieur. Les épisodes de fièvre, de diarrhée ou de vomissements provoquent également des pertes hydriques rapides.

Les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, d’hypertension, d’une maladie rénale ou de troubles du rythme doivent être particulièrement prudentes. Certains traitements, notamment les diurétiques, augmentent l’élimination d’eau et peuvent modifier l’équilibre du sodium ou du potassium.

À l’inverse, certains patients atteints d’insuffisance cardiaque doivent limiter leurs apports hydriques afin d’éviter une accumulation de liquide dans l’organisme. Boire davantage n’est donc pas toujours la bonne réponse. Les consignes du cardiologue ou du médecin traitant priment sur les recommandations générales.

Un traitement ne doit jamais être interrompu ou adapté seul pendant une période de chaleur. Le médecin peut en revanche décider de renforcer la surveillance ou de modifier temporairement certaines prescriptions selon l’état clinique du patient.

Quelle quantité d’eau faut-il boire chaque jour ?

Il n’existe pas de quantité unique adaptée à tout le monde. Les besoins varient selon la corpulence, l’alimentation, l’activité physique, la température extérieure, la grossesse, l’allaitement et l’état de santé.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments estime qu’un apport hydrique total quotidien de 2 litres chez la femme et de 2,5 litres chez l’homme est généralement adéquat. 

Ces valeurs comprennent l’eau apportée par toutes les boissons, mais aussi celle contenue dans les aliments. Les fruits, les légumes, les soupes, les laitages ou les compotes participent ainsi à l’hydratation.

Les besoins augmentent pendant une activité physique prolongée, une exposition à la chaleur ou une maladie entraînant des pertes digestives. Plutôt que d’attendre d’avoir très soif, il est alors préférable de boire régulièrement de petites quantités.

Les boissons enrichies en électrolytes ne sont pas indispensables au quotidien. Elles peuvent présenter un intérêt après une transpiration particulièrement abondante ou des pertes digestives, mais leur composition est très variable. 

Un apport excessif en sodium, en potassium ou en sucres n’est pas anodin, notamment en présence d’une maladie cardiaque ou rénale.

Les bons réflexes pour protéger son hydratation et son cœur

Quelques habitudes simples permettent de limiter les pertes et d’assurer des apports réguliers :

  • Boire à intervalles réguliers au cours de la journée.
  • Augmenter progressivement les apports avant et pendant un effort prolongé.
  • Emporter une gourde lors des déplacements.
  • Consommer régulièrement des fruits et des légumes riches en eau.
  • Limiter l’alcool, qui peut favoriser les pertes hydriques et altérer la perception des signaux d’alerte.
  • Éviter les efforts intenses aux heures les plus chaudes.
  • Rester dans un endroit frais et alléger son activité en période de canicule.
  • Demander un avis médical avant de modifier ses apports en eau ou en électrolytes en cas de maladie cardiovasculaire ou rénale.

L’hydratation ne remplace évidemment pas les autres mesures de prévention cardiovasculaire. 

Elle participe toutefois à maintenir un volume sanguin adapté, une température corporelle stable et un bon équilibre électrolytique. Autant de conditions qui permettent au cœur d’assurer son travail sans effort compensatoire inutile.

Sources

  • Autorité européenne de sécurité des aliments - Valeurs nutritionnelles de référence pour l’eau.
  • Organisation mondiale de la Santé - Chaleur et santé.
  • Société européenne de cardiologie - Impact de la chaleur sur les maladies cardiovasculaires.
  • Journal of Applied Physiology - Cardiovascular drift during prolonged exercise.
  • National Library of Medicine - Adult Dehydration.

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